Conférence sur l’émergence : Autopsie du discours polémique d’Alpha Condé à Abidjan
- Apr 4, 2017
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En marge de la Conférence internationale sur l'émergence, qui s’est déroulée la semaine dernière à Abidjan, le président Alpha Condé a tenu un discours jugée polémique. En présence de ses homologues de Côte d'Ivoire, du Sénégal et du Libéria, le président guinéen a appelé les africains à sortir de leurs « nationalismes étroits ».

En 35 minutes, le président en exercice de l’Union africaine (UA), dans un discours mêlé d’humour et de piques, n’a pas épargné ni ses pairs africains, ni l’ancien colon.
Les piques à Benny Steinmetz Nous avons les mines de fer du Simandou, les plus riches au monde. Quand je suis arrivé, cette mine avait été presque bazardée à un diamantaire qui n’était pas dans les mines. Il avait vendu 51% au Brésil à 2,5 milliards de dollars. Il dit avoir investi cent millions de dollars, il vend la moitié à 500 millions de dollars. Cela veut dire qu’il allait gagner cinq milliards sur le dos de la Guinée. C’est pourquoi, mon frère Alhassane, je n’ai pas voulu négocier avec Steinmetz, même quand il m’en a parlé… Aujourd’hui, nous avons récupéré notre mine. Même s’il continue à nous diffamer parce qu’il a beaucoup d’argent à écrire sur la presse internationale mais les crachats du crapaud ne peuvent pas entacher la blancheur d’une colombe, mon frère. Des piques indirectes à IBK du Mali Il y a eu coupure de courant un jour à Bamako, les maliens sont sorties avec des pancartes pour dire que Bamako n’est pas Conakry. Mais aujourd’hui, les populations de Conakry peuvent aussi sortir avec des pancartes pour dire que Conakry, ce n’est pas Bamako. Pourquoi ? Nous avons commencé à faire des barrages. Les piques à Ouattara Alhassane Dramane Ouattara, d’obédience libérale, est le conseiller économique d’Alpha Condé, socialiste. Le second, par contre, est le conseiller politique du premier. La Guinée est très en retard. Il y a un grand philosophe qui disait qu’une mauvaise chose peut se transformer en une bonne chose. Je ne vais pas dire son nom parce qu’Alhassane va sauter. Ou bien je le dit ? Il s’agit du président Mao Tsé Toung (Grand rire). images Il titille Sidya Touré L’année dernière, j’ai dit qu’on va faire 200 mille hectares d’anacarde, mon haut représentant, Sidya Touré a dit non que ce n’est pas possible. Mais il a vu aujourd’hui que nous avons fait 204 mille hectares, et non pas 200 mille. Et cette année, nous ferons 300 mille. Nous allons multiplier par dix notre production d’anacarde. Un mot sur le terrorisme L’Afrique a une population jeune, c’est à la fois une chance et un danger. Le terrorisme, pourquoi ? La pauvreté et l’injustice. Plus nous luttons contre la pauvreté, moins il y aura du terrorisme. On ne pourra jamais lutter contre le terrorisme par les armes. Nous pouvons lutter contre le terrorisme que s’il y a une juste répartition des revenus entre les populations vulnérables. Des piques à ses pairs africains Si nous transformions nos matières premières, nous serions l’usine du monde et nous pourrons remplacer la Chine. Mais cela suppose que nous changions nos petits nationalismes. On dit que l’Afrique est l’avenir du monde, c’est vrai, mais pour cela, faudrait-il, que nous ayons confiance en nous-mêmes. Ce qui manque à nous Chefs d’État africains, c’est que souvent nous n’avons pas confiance à nos hommes d’affaires, on pense que les européens font mieux. Mais il commence à y avoir un petit changement. Il faut qu’on fasse confiance à nos hommes d’affaires. Ils sont africains et ils sont chez eux. Ils peuvent développer mieux que les étrangers. Cessons ce complexe. Nous avons encore ce complexe, nous les francophones plus que les anglophones d’ailleurs. L’Afrique doit prendre son destin. Il tance ses pairs L’Union africaine était financée par l’Union européenne. Comment voulez-vous parler d’indépendance ? (Rire et ovations). Mais cela est en train de changer. Nous avons décidé que chaque pays africain consacre désormais 0,2% de ses exportations à financer l’UA… Ensuite, le président Kagamé a proposé des réformes importantes. Au sommet de l’Union européenne, les Chefs d’État sont dans la salle à cinq minutes du coup d’envoi. Mais chez nous, quand on dit 10h, on vient à midi. Si on commence à midi, c’est qu’on on a commencé tôt. Certains viennent à midi pour repartir le soir, alors que le sommet dure trois jours. En plus, nous sommes fatigués par les ministres des AE et des ambassadeurs. Nous avons décidé que désormais qu’en l’absence d’un président, seul le premier ministre peut parler. Du retour du Maroc à l’UA Beaucoup d’oiseaux de mauvais augure pensaient qu’avec l’arrivée du Maroc, l’UA éclaterait. Mais ce que les gens n’ont pas compris, c’est qu’avec la montée du terrorisme et la multiplication de l’immigration clandestine, nous ne pouvons pas nous diviser sur un problème. On peut avoir des divergences mais ce qui nous unit est plus important. Le Maroc est rentré, et l’UA est devenue plus forte qu’auparavant. Des piques à Macky Sall Nous avons le projet de chemin de fer Conakry- Bamako. Mais Macky Sall, je te préviens. (Macky Sall rit aux éclats). Bamako est proche du port de Conakry de 200 Km. Des piques à Rio Tinto Nous avons beaucoup souffert des multinationales. Rio Tinto a gelé nos minerais de fer pendant des années comme on met un champ en jachère pour exploiter son minerais de fer en Australie. tv Des piques à Sall et à Ouattara Il est important que vous insistiez sur l’intégration africaine. Si la Côte d’ivoire a plus d’avantages de faire une usine de ciment, pourquoi le ferais-je en Guinée. Ça n’a aucun sens. Malheureusement, nous sommes étroits du point de vue politique. C’est-à-dire, lorsqu’on a un petit problème, la Côte d’ivoire ferme ses frontières. Alors, on ne peut plus avoir de ciment. Il faut amener les Chefs d’Etat à séparer les problèmes économiques et commerciaux aux problèmes politiques. Quels que soient les problèmes entre deux pays, cela ne doit pas influer sur les relations économiques, le peuple doit nous l’imposer. Si vous laissez ça entre nous, on ne le fera pas. Il faut qu’on se dise la vérité. On ne le fera pas. De l’immigration clandestine Tous les jours, quand vous regardez France 24, il y a autant de morts dans le désert libyen ou en méditerranée. Mais est-ce que cela n’interpelle pas la conscience des chefs d’Etat ? C’est une honte pour nous de voir nos enfants mourir comme ça. Des piques à la France La CEDEAO a beaucoup avancé sur l’intégration économique mais zéro, sur l’intégration politique. Nous sommes en retard par rapport à la SADEC et à l’Afrique de l’Est du point de vue intégration politique. Nous sommes encore très attachés à l’ancienne puissance coloniale. Coupons le cordon ombilical et soyons africains. Réponse de Ouattara Au terme de son discours (photo crédit TV5), Alhassane Ouattara a pris la parole. « J’ai oublié de dire à Alpha qu’on était en direct ». Rire et ovations dans la salle. Confortablement assis sur son fauteuil, Alpha Condé gesticule pour demander qu’est-ce qu’il aurait dit de politiquement incorrect. « Alhassane, moi j’assume ce que j’ai dit ». Rire et ovations encore. « Mon cher conseiller politique, vous êtes égal à vous- mêmes », dit-il.

























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